Mobilité Partagée : La réduction de la congestion urbaine passe par plus de connectivité

La congestion urbaine mondiale s’intensifie, les villes réfléchissent aux réponses les plus appropriées pour la réduire et diminuer ses impacts négatifs. Les solutions de mobilité partagée sont un relais intéressant pour contribuer à une inversion de cette tendance. Les raisons de leur succès mitigé sont nombreuses : manque de communication ou encore mauvaise implémentation dans l’offre globale de transport. Pourtant les possibilités technologiques comme l’internet des objets peuvent résoudre ces problèmes et aider à l’adoption de la mobilité partagée par le plus grand nombre.

La concentration des populations entraîne une croissance de plus en plus intense de l’urbanisation des territoires. A l’horizon 2050, deux tiers de la population mondiale vivra en ville. Cette forte augmentation de la population urbaine implique aujourd’hui une réorganisation des réseaux pour gérer les flux et éviter la congestion dans ces zones. La mobilité partagée, encore en phase de développement, apparaît comme une solution pertinente. Les innovations provenant de l’internet des objets (IoT) peuvent convaincre les collectivités et entreprises de promouvoir l’utilisation de ces nouveaux moyens de transport.

La congestion urbaine : fléau environnemental et économique

La congestion importante des réseaux routiers font perdre chaque jour un temps conséquent aux populations urbaines et dégradent la qualité de l’air. Ils augmentent le stress des citoyens et constituent une perte de temps non négligeable dans leurs déplacements quotidiens.

Une étude [1] menée par le CEBR pour INRIX en 2015 montre que le coût des embouteillages à Paris atteignait 12 milliards de dollars en 2013 et devrait dépasser les 18 milliards en 2030 ! Et ce n’est pas un cas isolé : l’étude indique que cette augmentation est valable pour toutes les grandes villes françaises et les villes principales des pays étudiés : Etats-Unis, Royaume-Uni et Allemagne.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation et son évolution.

Le facteur déterminant est la concentration des activités économiques. Les populations se rassemblent autour des pôles les plus attractifs et dynamiques économiquement. Les infrastructures existantes peinent à absorber ces nouvelles populations et atteignent rapidement leurs limites. Aujourd’hui, les pays émergents sont, tristement, les premiers touchés. Les gouvernements locaux sont en mesure de faire évoluer cette situation avec la construction de nouvelles infrastructures pour mieux répondre à une demande grandissante suite à ces phénomènes de concentration.

Paris veut faire du Velib’ un exemple à suivre

Si Paris possède un indice de congestion inférieur à celui de Los Angeles, d’après l’étude du CEBR, c’est précisément grâce à son réseau de métro dense élargi et à la mise en place d’un système de vélo en libre-service adapté. Le système Velib possède en 2016 plus de 300 000 abonnés annuels et près de 2,5 % des parisiens se rendent au travail en vélo.
Le vélo en libre-service est un exemple représentatif du potentiel de la mobilité partagée pour réduire la congestion dans les zones urbaines. Les personnes effectuant de courtes ou moyennes distances (1 à 7 km) peuvent opter pour cette solution. Elle a le double avantage d’être économique et sans rejet de gaz à effet de serre. Le vélo est un bon complément aux transports en commun. En effet, son utilisation peut être utile dans des zones où les infrastructures de transport en commun sont absentes ou en dehors des heures de fonctionnement.
Cependant, ce mode de transport nécessite certains efforts de la part des collectivités. Le maillage du territoire doit être suffisant et les vélos nombreux et disponibles pour inciter les habitants à utiliser ce mode de transport. C’est pourquoi aucune adresse dans Paris ne se trouve à plus de 300 mètres d’une station de Vélib’. Une étude de Roland Berger [2] montre la corrélation entre la densité du réseau de station et la fréquence d’utilisations. Un maillage insuffisant du réseau ou des vélos régulièrements indisponibles sont autant de situations frustrantes qui peuvent décourager les utilisateurs. Enfin, la création de pistes cyclables sécurisés est un facteur important pour l’utilisation du vélo et le report modal des citoyens.

Comment accroître la popularité du vélo en libre-service ?

Des solutions innovantes sont en cours de développement dans le but de réduire les désagréments usuels du vélo. Des projets IoT comme Nextbike ou Social Bicycles peuvent répondre à ces problématiques de manière pertinente. Leur ambition est de créer des vélos avec un système embarqué contenant un GPS, un système de verrouillage et un module de communication avec le centre de contrôle. Ainsi les vélos n’ont pas besoin d’être rapportés à une station et peuvent être débloqués grâce au smartphone d’un utilisateur ou ses identifiants.
Les vélos électriques permettent d’accroître les distances parcourues et rendent l’utilisation du vélo possible dans des zones où la topographie est plus difficile.

Les solutions multimodales offrent un panel plus grand de possibilités pour rejoindre le lieu désiré. Néanmoins, pour fonctionner, le passage entre chaque mode de transport doit être sans-couture. Les distances doivent donc être réduites et le processus fluide. C’est possible avec une plateforme centralisée pour l’accès aux transports notamment pour l’achat des titres de transport. La généralisation de cartes magnétiques unique (accès au service de transport en commun et vélo en libre-service) permet une intermodalité accrue entre les deux systèmes.
Aujourd’hui, des entreprises comme Smoove ou Keolis proposent ainsi des systèmes de déverrouillage des vélos en libre-service par l’intermédiaire d’un smartphone ou d’une carte magnétique sans passer par la borne centrale.

Ubi Transports contribue à rendre plus accessible le transport partagé. En effet, cette entreprise développe un système de carte magnétique couplé à du cloud computing pour les bus scolaires. La facilité de la mise en place et le coût faible permettent de rendre la solution accessible même pour les petites agglomérations qui ne possèdent pas la capacité d’installer un appareillage coûteux à cause du flux de personnes plus réduit.

Quel avenir pour l’autopartage urbain ?

La voiture reste un moyen de locomotion plébiscité, cependant chaque voiture n’est utilisée en moyenne qu’une heure par jour, ce qui représente une opportunité d’amélioration. Le partage d’une voiture permettrait de diminuer le nombre de véhicules, ce qui impliquerait un besoin de stationnement moins important. De nombreuses solutions sont possibles allant du management de flottes, à l’autopartage entre particuliers ou à la simple location de voitures.

La flotte de véhicules d’entreprises en Europe devrait passer de 2000 en 2014 à près de 100 000 en 2020 et les chiffres de croissance sont équivalents en Amérique du nord d’après le cabinet Frost & Sullivan [3]. Sa pratique permet de réduire la taille du parc automobile et également les frais kilométriques. La mise à disposition de véhicules partagés est une incitation pour les employés à utiliser les transports en commun pour se rendre au travail. L’entreprise fournit ce moyen de transport pour les déplacements professionnels plus conséquents.
L’autopartage a cependant besoin d’une logistique spécifique avec la création d’un espace physique dédié et éventuellement des bornes de rechargement pour les véhicules électriques. Les constructeurs automobiles ont compris cette évolution de l’utilisation de la voiture par les entreprises. Ils proposent des solutions pour faciliter cette adoption. BMW, par l’intermédiaire de sa filiale AlphaCity, est déjà présent dans neuf pays européens. SFR a par exemple une flotte d’une cinquantaine de voitures sur son site de Saint-Denis, réalisant des économies de l’ordre de 30% par rapport à sa flotte précédente. Le smartphone de fonction de chaque employé est utilisé pour réserver un véhicule et ensuite y avoir accès. Cette simplicité d’implémentation et d’utilisation a convaincu le groupe et ses employés. Ce changement de mentalité pousse les grands groupes à envisager, comme dans le cas des moyens de production, à mutualiser le service pour accroître le taux d’utilisation de la flotte et faire chuter ce poste de dépenses.
Pour aider à ce développement, les collectivités peuvent mettre à disposition des espaces adaptés. La création de places de stationnement pour les voitures en autopartage et des parkings pour le covoiturage sont les témoins d’une volonté de faciliter l’adoption de ces pratiques. Le covoiturage représente l’avantage de diminuer le nombre de véhicules utilisés pour transporter le même nombre de personnes. La réussite de Blablacar en Europe sur le long trajet ne se répercute pas encore sur les courtes distances. Il n’existe aucune solution simple et centralisée pour favoriser cette pratique. Le taux d’occupation des véhicules européens reste inférieur à 1,1 personne. Le passage à une moyenne de deux personnes par véhicule pourrait permettre de réaliser des économies de carburant et une réduction des rejets de gaz à effet de serre conséquents. Par exemple, la mise en place de voies donnant la priorité aux voitures comportant plusieurs personnes pour l’accès à certaines zones comme les aéroports, zones d’activités ou le centre des villes peut aider à faire évoluer les habitudes quotidiennes des automobilistes.
Le principal frein actuellement est l’absence d’une solution simple et centralisée pour favoriser la généralisation de la pratique. De nombreuses entreprises ont tenté et tentent encore de créer cette solution, sans qu’aucune ne se démarque encore.

Peu de solutions de mobilité partagée ont encore bouleversé le secteur des transports malgré le besoin pressant de réduire la congestion urbaine. En l’absence de solutions prépondérantes et de leaders, les start-ups disposent d’un marché en mouvement où l’innovation est la bienvenue.

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